Mémoire visuelle
Ca n'a à priori aucun lien avec ce pauvre gars qui a laissé cuire sa petite fie au soleil de Béziers en l'oubliant dans sa voiture mais des chercheurs ont brillamment prouvé qu'il est possible de voir quelque chose sans le remarquer. Daniel Simons et Christopher Chabris, de l'université Harvard, ont mené récemment une expérience, aujourd'hui célèbre. Les chercheurs ont montré à des sujets une cassette vidéo où l'on voit un petit groupe de personnes en train de jouer au basket et leur ont demandé de compter le nombre de passes réalisées par l'une des équipes.
La moitié d'entre eux ne se sont pas aperçus qu'une femme déguisée en gorille traversait lentement l'écran pendant neuf secondes, passait entre les joueurs, s'arrêtait face à la caméra et se frappait la poitrine. En revanche, lorsqu'on leur demandait simplement d'observer la scène, les sujets n'avaient aucun mal à remarquer le gorille.
Certains furent si stupéfaits qu'ils refusèrent d'admettre qu'il s'agissait bel et bien de la même vidéo. Ils étaient persuadés qu'on leur avait montré une autre cassette à laquelle on avait ajouté l'image du primate. Dernièrement, deux équipes se sont livrées à des expériences complémentaires, qui mettent en évidence la capacité limitée de notre mémoire à court terme et montrent que notre "bloc-notes visuel" est contrôlé par une région du cerveau de la taille d'une pièce de 5 centimes d'euro, le cortex pariétal postérieur, situé à l'arrière du crâne (enquête publiée dans Nature).
Le Pr Marois (Université de l’Oregon), pour sa part, a utilisé la technique de l'IRM (imagerie par résonance magnétique) pour mieux comprendre le fonctionnement de la mémoire visuelle à court terme. L'activité du cortex pariétal postérieur augmente en fonction du nombre d'objets stockés dans la mémoire visuelle à court terme, pour plafonner au-delà de quatre objets. Il se pourrait que la mémoire visuelle soit liée à l'intelligence. De même qu'un ordinateur ayant une mémoire plus importante résout les problèmes plus rapidement, les personnes ayant une plus grande capacité à retenir les images pourraient avoir des facultés de raisonnement accrues et être plus aptes à trouver des solutions. Les retombées de ces études sont primordiales. Cette limitation de la mémoire pourrait favoriser les accidents de la route, parce que c'est elle qui nous "permet de retenir et d'utiliser des informations sur les objets (notamment les autres véhicules, les vélos, les piétons) se trouvant à proximité immédiate, afin d'éviter d'entrer en collision avec eux. Tant que cela n'a pas été prouvé, il paraît tout à fait plausible que les coureurs automobiles aient une mémoire visuelle à court terme supérieure à la normale, leur permettant de prendre en compte les trajectoires d'un plus grand nombre de voitures."
Source : Daily Telegraph.