Point sur le débat OGM en France
Après des années de gel du débat et de non décisions, le statut de l'OGM commercialisé en France semble sur le point d'évoluer.
Le 21 mai dernier, l’Allemagne a interdit la commercialisation de semences de maïs MON810 de Monsanto à la suite de 6 autre pays d'Europe. Cette variété de maïs OGM est la seule qui soit autorisée dans l’espace européen. Le MON810 est aujourd'hui la seule variété d'OGM cultivée en France de façon commerciale, mais les semenciers estiment qu'environ 30 000 hectares de cette variété seront cultivés en 2007.
Alors qu’il était super ministre du développement durable, Alain Juppé avait déclaré suite à cette anonce qu’il voulait à son tour décréter un moratoire sur cette variété OGM en raison de tests scientifique pas très rassurants*… Position qui fut toutefois réfutée par la ministre de l'agriculture Christine Lagarde qui règne désormais sur Bercy. Jean-Louis Borloo, qui succède à Juppé attend sans doute le grenelle de l’environnement pour se prononcer sur la question et anoncer un moratoire qui passera ainsi pour un geste du gouvernement pour l'environnement et la sécurité alimentaire.
L’étude à l’origine du moratoire allemand a été réalisée par Greenpeace Allemagne, affirme que les quantités de toxines produites par le maïs transgénique Monsanto MON810 " varient de manière considérable et inattendue entre les épis et au cours du temps ". Les 600 échantillons prélevés en Allemagne et en Espagne ont en effet révélé que la concentration de toxine Bt dans les plantes présente une très grande variation allant de 1 à 100 d'une plante à l'autre, et ce y compris dans le même champ. En outre, la toxine Bt est de nature différente de celle qui a été présentée par Monsanto pour demander l'autorisation de ce maïs auprès de la Commission européenne, affirme l'ONG.
Cette esquisse de retournement politique viens aussi de l'opinion: Près des trois-quarts des Français (74%) attendent de leur député "qu'il interdise les cultures d'OGM en appliquant strictement le principe de précaution", 22% souhaitant "qu'il soutienne le développement des OGM". Enfin, 78% (contre 20%) souhaitent "une interdiction temporaire des OGM (...) afin d'évaluer précisément les impacts sanitaires et environnementaux" et 72 % des Français demandent un référendum sur cette question de la culture des OGM. Ce sont les chiffres qui ressortent d'une étude BVA payée par Attac, Greenpeace et la Confédération Paysanne. Comme pour tout sondage, ces chiffres sont donc à prendre avec des pincettes car on ne connait pas la formulation des questions.
Revers de la médaille pour ceux qui estiment qu'il ne faut pas condamner la technologie OGM parce qu'une multinationale sans scrupules en a fait un instrument de domination commerciale potentiellement dangereux: depuis les premiers fauchages d'essai en plein champs d'OGM par les anti OGM incarnés par Bové, le nombre de chercheurs travaillant sur la génétique des plantes en France à baissé de 40 % à peu près à l'unisson des budgets de recherche.
Et enfin pour l’anecdote, l'un des plus ardents défenseurs est enseignant et chercheur en agronomie à l'Université de Bordeaux et s'appelle Bové. C'est le propre père de José Bové! Ca sent le règlement de comptes familial entre le fils néo-agriculteur bourgeois le père enseignant de haut niveau que le fils n'a pas l'air d'assumer.
Sources: AFP / Novethic.fr
*"on vient de découvrir que la sécrétion de la toxine qui est censée tuer l'insecte qui attaque le maïs se passe dans des conditions qui ne sont pas
exactement celles qu'on attendait. Donc l'Allemagne vient de suspendre l'autorisation du MON810. Dans ce cas précis il faut s'inspirer du cas allemand. "