Grève des cheminots: accords avortés et sacs de noeuds
Alors qu'officiellement les négociations n'ont pas encore débuté avec la SNCF ; la CGC, la CFDT et la minuscule CFTC avaient déjà négocié un accord avec l’entreprise dans la nuit du 12 au 13, juste avant les grèves. L’accord n’est pas présenté comme un accord de sortie de crise mais ces concessions de la SNCF couplé avec quelques friandises distribuées par l’état au moment opportun devraient permettre de faire plier ces syndicats ainsi que la CGT et l’UNSA en laissant Sud tout seul dans sa logique d’opposition systématique. Cet accord devait permette aux cheminot de ne rien perdre sur le fond tout en permettant au gouvernement de clamer sa victoire sur le point symbolique des 40 ans de cotisation et sur l’arrêt dans la concertation d’un conflit annoncé comme difficile. Le conflit ne semblait du coup durer que pour faire obtenir d’ultimes ajustement pour ne pas perdre un centime (coté syndicats) et rehausser artificiellement le prestige du gouvernement qui aura passé une épreuve difficile avec succès, sous entendu pas comme ce gros naze de Juppé en 95. Mais il manquait à cette situation déjà tordue un coup de théâtre qui a remis en selle les gréviste depuis mercredi soir.
Ce que la SNCF avait accordé aux grévistes (avant de faire volte face).
Il y a 2 semaine, le gouvernement avait déjà mis le paquet pour désolidariser avec succès le syndicat majoritaire des conducteurs de trains (FGAAC) du reste du mouvement en leur donnant gain de cause avec les même types d’avantages que ceux qui sont maintenant proposés à tous les salariés de la SNCF.
D’après le quotidien Métro qui s’en est procuré le « relevé de conclusions », cet accord met un terme à l’obligation faite à tout salarié de la SNCF de partir à la retraite si il a au moins 25 ans d’ancienneté et 55 ans au compteur depuis que leur maman les a mis au monde. Les cheminots ont donc le droit de travailler plus longtemps pour avoir une meilleure retraite. Une logique très Sarkoziste (travailler plus longtemps pour gagner plus) qui pour le coup à plu à tout le monde.
Second point de l’accord, la rémunération au-delà de 55 ans : Un salarié qui travaillera plus longtemps bénéficiera automatiquement d’une augmentation de salaire de l’ordre de 5% peu avant son départ à la retraite. Comme le salaire pris en compte pour le calcul des retraites est celui des 6 derniers moi, cela équivaut à une augmentation du niveau des retraites.
Un autre point concerne la possibilité c’accumuler un pécule sous forme de comtes épargne-temps comme cela se fait dans pas mal de grosses entreprises privées. Ce pécule peut-être échangé en fin de carrière contre un départ à la retraite anticipé et l’entreprise à les moyens d’encourager ce système avec par exemple, un accord du type : pour une année de cotisée sous forme d’épargne temps l’entreprise rajoute 6 mois en plus.
Le reste des mesures concernent la pénibilité au travail à laquelle tiens la base (et qui se justifie dans certaines branches) et les droits familiaux. A l’instar de ce qui se fait dans le reste de la fonction publique, les mères de familles pourraient prendre leur retraite avant la fin de leurs cotisations en fonction du nombre d’enfant élevé (1 an et demi par enfant pour les enseignants par exemple).
En mixant ainsi différents dispositifs empruntés au privé et au public, les cheminot auraient la possibilité d’amortir la décote des retraites qui frapperait ceux qui veulent tout de même partir à 55 ans (50 ans pour les roulants).
Réaction du responsable de la CGC à ce texte, « Dès que le document sera officialisé par la SNCF, la CGC se retirera de la grève ». Tous les syndicats participants sont d’accord là-dessus mais l’accord n’est pas officialisé car la CGT - dont le poids n’est pas négligeable dans cette branche – attend la semaine prochaine pour rentrer dans la danse afin de pouvoir demander encore plus. En tout cas la SNCF promet de ne pas revenir sur ces propositions et donc d’en faire les bases des négociations à venir.
Dans ces conditions, l’UNSA, autre syndicat de poids qui regroupe notamment tous les autonomes pourrait ne pas hurler contre els 40 ans de cotisation. Elle est prête à cesser la grève dès le vendredi 16 novembre si le gouvernement fait un dernier effort et garantirait que les cheminots ne perdraient pas un centime au change, par exemple en rehaussant le niveau de retraites qui est tout de même inférieur de 9% à celui du privé pour un salaire égal.
Revirement dangereux.
Mais le 14 novembre vers 20h15, coup de théâtre : « la SNCF vient d’interrompre la séance des négociations car elle veut modifier le texte qu’elle a signé ».
Ce volte face est peut être dù à la prise de conscience que les concessions dont il est question pour les cheminots risquent de dépasser celles qui ont donné jadis satisfaction aux conducteurs de trains… Mais il apporte du crédit à l’analyse des responsables de la CGT et de FO pour lesquels le gouvernement pousse les syndicats à poursuivre le grève en amusant la galerie avec ne négociations qui ne vont nulle part mais qu’ils sont obligé légalement de mener.
Les cartes pour régler le conflits restent donc dans la manche de Xavier Bertrand pour le gouvernement (et de Anne Marie Idrac pour la SNCF) qui avec cette manœuvre à testé le niveau de réceptivité des syndicats aux concessions. Il peut maintenant faire durer le mouvement en espérant une exaspération de la population et de sortir de la crise au moment voulu avec des concessions en moins de son coté et la gloire d’avoir vaincu un conflit difficile.
Quoi qu’il en soit cet épisode est révélateur de problèmes des 2 cotés. Une désunion et l’irresponsabilité syndicale qui fait qu’il y en aura toujours un pour aller plus loin que l’autre et une duplicité du gouvernement qui est visiblement prêt à laisser pourrir le conflit quitte à emmerder tout le monde au quotidien pour finalement en sortir avec le beau rôle tout en faisant les concession qui deviennent décidément la marque de fabrique de la méthode Sarkozy. Car pour éviter les risques de contagion du conflit, le gouvernement n’a pas que lâché du lest au Cheminots, il a cédé aux revendications des pêcheurs, les transporteurs, routiers, des céréaliers et sans doute demain des taxis avec des allègement fiscaux sur le prix du pétrole pour plus de 4 milliards d’euros qui mettent Bruxelles en rage et qui enterrent à la fois les promesse de campagne sur la fiscalité écologique et les belle résolutions du Grenelle de l’environnement. Mais tout cela est une autre histoire…
Qui à parlé de rupture avec le chiraquisme ?
Sources: Métro, SNCF, Canard Enchaîné, ITV, chronique de Jean Jérôme Bertolus.